COMITE DE COORDINATION DES ASSOCIATIONS D'ANCIENS COMBATTANTS
ET DES
VICTIMES DE GUERRE DE MARSEILLE ET DES BOUCHES DU RHONE


LES RAISONS D'UNE CEREMONIE A MARSEILLE

PLACE DAVIEL

NOTE A L'ATTENTION DES PRESIDENTS ET DE LEURS PORTE-DRAPEAU

Cette documentation vous est réservée ; la mémoire étant ainsi faite, il arrive qu'avec le temps, l'oubli gagne du terrain, et puis il y a les jeunes des nouvelles générations du feu qui sont peu instruits des événements tragiques qui ont marqué la cité phocéenne durant la dernière guerre mondiale. Comme je l'ai indiqué dans les toutes premières pages du premier tome « Essai sur les mouvements de Résistance dans les Bouches du Rhône » à quoi sert d'aller à une cérémonie si l'on ne sait pas ce qu'elle représente ?

Marseille comme toutes les autres villes de France a subi l'occupation allemande et les ravages que cela a causé; mais bien avant le 12 novembre 1942, date de l'arrivée des troupes du III Reich dans notre ville, et bien avant aussi les dates fatidiques des grandes rafles des Israélites en janvier 1943.

Les lois anti-juives promulguées le 3 octobre 1940- Loi Alibert - élaborée sans aucune pression nazie, puis celle du 11 décembre 1942, relançant ces mesures, avaient déjà préparé le terrain des futures déportations à Marseille comme ailleurs aussi.

Il faut simplement se souvenir de la grande rafle à Paris du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942.......

J'ai donc essayé à travers ce document de vous expliquer ce qu'a connu notre ville dans laquelle maintenant il fait bon vivre, mais où pendant les années noires de l'occupation et du gouvernement de Vichy, la peur régnait en maître.

L'année dernière, rappelez vous, vous avez pour la plupart assisté à la projection du film sur l'évacuation des vieux quartiers du Vieux Port. Puis à une conférence débat.

Je me suis servi pour rédiger cet opuscule d'un remarquable ouvrage particulièrement bien documenté avec des témoignages accablants; Ce livre « Marseille , Vichy et les Nazis ,1e temps des rafles -La déportation des juifs » Vous pourrez le trouver, si vous désirez le lire à la librairie des Arcenaux- Cours D'Estienne d'Orves.

Il ne faut pas oublier non plus que le drame survenu en janvier 1943 n'a pas touché que les Israélites, l'évacuation des Vieux Quartiers du Vieux Port a également fait subir à une population simple, paisible et laborieuse les méfaits d'une politique odieuse, violant le droit, et expropriant de fait toute une population qui ne demandait qu'à vivre en paix.

C'est pourquoi, cette cérémonie du souvenir Place Daviel, puis celle qui suit place de l'Opéra doit être ancrée dans vos mémoires et ce à plusieurs titres :

Les arrestations frappaient n'importe qui, à la sortie d'un cinéma, dans les bars , chez le particulier que l'on soit résistant ou non, Juif, Catholique , Protestant, Communiste , Socialiste , Gaulliste ,.

La déportation mélangeait tout ce qui était d'ordre racial, politique et bien sur résistant ; tous ont souffert les pires maux pour ceux qui en sont revenus, les autres passant à la chambre à gaz , mourrant de sous alimentation d'épuisement ,de maladie , ou tout simplement abattu par un gardien nazi... Tous victimes d'une idéologie qui demain peut réapparaître dans n'importe quelle partie du globe terrestre.

AVANT-PROPOS

Après l'armistice du 22 juin 1940 la France avait été coupée en deux : une zone nord occupée, et une zone Sud où le gouvernement issu de la journée du 10 juillet 1940, créait l'Etat Français , qui abolit la IIIe République et tout ce qui faisait d'elle un état démocratique.

Cette zone Sud était devenue pour ceux qui voulaient fuir l'envahisseur allemand une région où pensaient-ils ils seraient à l'abri des nazis... Le midi a toujours été une terre d'accueil pour les Israélites notamment installés depuis l'antiquité et étant devenus citoyens français et français à part entière sans aucune discrimination religieuse ou raciale; le gouvernement de Vichy va faire entrer au moment de la promulgation de ses lois scélérates la notion de race dans le droit français, chose qui n'avait jamais été abordée auparavant.

Les premiers touchés par les mesures racistes furent les juifs d'origine d'Europe centrale qui s'étaient réfugiés en France depuis l'avènement d'Hitler. Considérés comme étrangers par l'ancienne législation de la IIIe République et subissant de ce fait un contrôle très strict de la part de l'administration. Lors de la signature des conventions de l'armistice les nazis avaient d'ailleurs exigés que leurs ressortissants réfugiés leurs soient livrés....

Ainsi la victoire de l'Allemagne allait réduire à néant leur espoir

D'ailleurs à partir de 1942, après la conférence de Wannsee où a été décidée la solution finale, plus personne de la communauté juive en Europe occupée ne sera a l'abri des rafles et de la déportation.

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Les lois anti-juives prises par le gouvernement du maréchal PETAIN , loi ALIBERT du 3 octobre 1940 , portant statut des juifs introduit donc la notion de race comme discrimination juridique , celle du 4 octobre autorisant les préfets à interner les juifs étrangers ou de les assigner à résidence. Le camp des Milles en est un exemple pour notre département parmi tant d'autres.....

Comme je l'ai cité ci-dessus, la législation sur les étrangers sous la IIIe République était beaucoup plus contraignante que celle que l'on connaît actuellement chez nous : cela date déjà depuis fort longtemps puisqu'il faut remonter à 1888 et 1893 pour voir les premières lois traitant des étrangers, auxquelles il faut rajouter celles du 2 mai et 12 novembre 1938.

Vichy a donc utilisé ces textes de lois dans le sens d'une plus grande sévérité sans aucune pression extérieure , notamment de la part des nazis qui eux avaient mis en place une législation anti-juive née des lois de Nuremberg en 1935.

Les premières mesures furent celles du recensement des juifs qui fût organisé avec rapidité et efficacité ; l'administration dénombre ainsi dans notre département 17.802 juifs y compris les internés du camp des Milles en février 1942-(7804 étrangers et apatrides et 9998 français).

Les secondes mesures tenant à l'obligation de déclarer les changements de résidence, puis de la mention juif sur les cartes d'identité et les cartes d'alimentation : les juifs d'Algérie étant considéré, depuis l'abrogation du décret CREMIEUX, comme juifs indigènes.

Durant l'été 1942, les accords BOUSQUET-LAVAL et les autorités allemandes vont porter sur la livraison de 10.000 juifs étrangers et ainsi vont se succéder les départs dans des conditions atroces vers la zone dite occupée.

Dans un premier temps en août et septembre environ 1928 personnes, hommes femmes enfants seront acheminés du camps des Milles où ils avaient été regroupés, vers Drancy dont 1511 partiront à Auschwitz.

L'EVACUATION DES VIEUX QUARTIERS DU VIEUX PORT ET LES RAFLES QUI ONT SUIVI

La conférence et la projection du film « Opération Sultan » de monsieur Jean Pierre CARLON et de madame Anne SPORTIELLO le 26 janvier 2006 à la maison du combattant à Marseille avaient bien montrer le déroulement de ce drame.

Le 18 janvier 1943, les autorités de Vichy donnent l'ordre à la police d'appréhender les repris de justice, les souteneurs, les vagabonds, clochards, les gens sans aveu, toutes celles ou ceux dépourvus de carte d'alimentation, tous les juifs, les étrangers en situation irrégulière, les expulsés, ceux qui sont sans emploi légal etc....

Le bouclage des vieux quartiers s'effectue à partir du 22 janvier et les arrestations permettent d'interpeller 5956 personnes- 3977 sont libérées et 1642 retenues- 782 juifs dont 25 sont Français sont expédiés dans des conditions épouvantables à Compiègne au camp de Royallieu.

Les rafles vont se poursuivre dans les nuits du 22 au 23 janvier-(Rafle dite de l'Opéra)-, mais en fait s'étendant dans tout Marseille et également dans la nuit du 23 au 24 janvier.

L'évacuation des quartiers du Vieux Port s'effectuera le 24 janvier et permettra encore l'arrestation de nombreuses personnes juives et non juives; 20.000 sont évacuées et contrôlées après avoir été expédiées à Fréjus puis renvoyées sur Marseille pour celles non retenues....

Après l'expulsion, les pillages des appartements et magasins, les forces allemandes vont procéder au dynamitage des bâtiments sur près de 14 hectares.

Les rafles et arrestations se poursuivront au cours des années 1943 et 1944 jusqu'à la libération à la suite de dénonciations de miliciens, membres du PPF de DORIOT. Tous ceux qui sont arrêtés sont dirigés sur Drancy et pour 802 d'entre eux ensuite vers le camp d'extermination de Sobibor, d'autres sont acheminés vers Auschwitz, Birkenau, Bergen-Belsen, Dachau et Mauthausen.

Nous n'avons donc pas le droit d'oublier, surtout nous les anciens combattants porteurs des valeurs de la mémoire et de la transmission aux générations futures pour que cela ne recommence jamais.

Francis AGOSTINI,
Président de l'Union Fédérale des Associations Françaises d’Anciens Combattants et Victimes de Guerre des Bouches du Rhône
Président du Comité de Coordination des Associations d'anciens combattants et Victimes de guerre de Marseille et des Bouches du Rhône.

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