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Saint-Lunaire le 28 juin 2007 Monsieur SOBANSKI Wladyslaw Président National des Rescapés du camp 113 - Indochine Le Placis 35800 SAINT-LUNAIRE
Mesdames et Messieurs les Parlementaires Madame, Monsieur, Connaissant le vif intérêt que vous portez en général aux citoyens
Français et en particulier à la dignité du monde combattant, vous n'ignorez pas
les difficultés du combat que les rescapés du Camp 113 (Indochine) dont je suis
le Président Fondateur, n'avons cessé de mener depuis plus de quinze ans, pour
faire rendre justice aux victimes du tortionnaire Georges Boudarel. Les survivants du Goulag Viet-Minh ne peuvent concevoir « La mémoire sans
la Justice ... ! ». Nous sommes fiers de notre histoire dans une ère de repentance ! D'une manière manichéenne les intellectuels et les politiques divisent
l'humanité en deux groupes. Celui des bons (dont nous ne faisons pas partie
!) et celui des responsables de tous les crimes contre l'humanité. C'est là un curieux paradoxe. C'est dans ce monde scindé en deux que la France vit l'ère du
repentir. Elle vit l'ère d'une histoire présumée « honteuse » elle est
accusée d'avoir porté sur ses épaules, l'ensemble des crimes contre l'Humanité
et en être la seule responsable. Cette repentance permanente affichée par nos intellectuels et nos politiques
est injustifiée et intolérable ! Car s'il est certain que des faits aussi ignobles que l'esclavage, que
des faits aussi ignobles que la dégradation de l'homme sont intolérables et
doivent être condamnés, il est non moins certain, hélas ! ... que l'ensemble
de l'Humanité y a totalement participé. L'élection à la Présidence de la République de Nicolas SARKOZY est marquée
par «une rupture» parmi d'autres : la rupture avec une tradition d'amnistie. En droit, l'amnistie
est l'oubli d'une infraction pénale par l'effet de la loi. Mais l'oubli de la loi
ne saurait devenir une habitude. Sans doute est-ce le
message du chef de l'Etat... Or, si le respect dû à l'ordre public impose de ne pas faire
soudainement table rase des contraventions et des délits, qu'en est-il
aujourd'hui des plus odieux des crimes : Les crimes contre l'Humanité ?.... Il y a un demi-siècle, les juges de Nuremberg définissaient pour la première
fois dans l'histoire le crime contre l'Humanité. Il s'agissait de réprimer «
tout assassinat, tout homicide ou acte de nature à entraîner la mort, commis en
temps de guerre, en temps de paix, à l'égard d'individus où de groupes humains
en raison de leur race, de leur nationalité, de leur religion ou de leur opinion...
». Face à la barbarie nazie, un sursaut de conscience universelle semblait
s'emparer du Droit. Tour à tour, les textes internationaux et les droits nationaux se
référaient à la notion de crimes contre l'Humanité pour poursuivre leurs
auteurs et les combattre. Il en allait ainsi du Code Pénal Français de 1994. Se référant à la
définition du Tribunal de Nuremberg, l'article 213-5 déclarait les crimes
contre l'Humanité « Imprescriptibles ». On aurait pu croire naïvement qu'à défaut de vivre dans le remord, les auteurs
de crimes contre l'Humanité seraient désormais contraints de vivre dans la peur
d'être un jour rattrapés par la Justice de Hommes. Or, tel n'est pas le cas, car un vide juridique subsiste dans le
code pénal français : imprescriptibles, les crimes contre l'Humanité
n'en demeurent pas moins amnistiables. En un mot, par l'effet de la loi,
ils peuvent être dépourvus de qualification pénale, leurs auteurs assurés de ce
fait d'impunité, leurs victimes réduites au silence, à peine d'encourir
elles-mêmes des sanctions .... Au terme d'un combat judiciaire de plus de 15 années, devant les juridictions
nationales, puis la Cour Européenne des Droits de l'Homme, pour faire reconnaître
le caractère in amnistiable des crimes contre l'Humanité, dont ont été victimes
les prisonniers du Camp 113, à Lang-Kieu, Nord-Vietnam, camp de répression
institué par le décret du 29 mars 1946 de la République Démocratique du Vietnam,
aux fins de «rééducation» des opposants au régime communiste proclamé
par Hanoï. Les survivants du Camp 113, réunis en association nationale, ont
voté à l'unanimité une motion, très largement diffusée. En des temps où la démocratie nous apparaît souvent fragile, face aux déstabilisateurs
extrémistes de toutes sortes, on imagine quelle pourrait être l'exploitation
d'une telle brèche juridique entre les mains d'un pouvoir totalitaire.... Certes, la France semble fort heureusement, pour l'instant, à l'abri de
l'hypothèse cauchemardesque d'une domination néo stalinienne ou néo nazie. Il n'en demeure pas moins qu'à l'heure d'une réforme de la justice pénale,
le sujet est digne d'attention. A cet égard, l'action entreprise par Wladislaw Sobanski, Président Fondateur
de l'Association nationale des rescapés du Camp 113, mérite d'être rappelée en
raison de son caractère exemplaire. Prisonnier au Camp de rééducation de Lang-Kieu (Nord-Vietnam) entre 1952
et 1954, où en moins de deux ans 70% des captifs trouvèrent la mort après d'innombrables
tortures, à son retour de captivité, le sergent Sobanski entreprit de faire condamner,
pour crime contre l'Humanité, le commissaire politique du Camp, un
universitaire français, Georges Boudarel. Réunis en association, les rescapés du Camp 113, au nombre desquels figurait
l'ancien ministre Jean-Jacques Beucler, se virent opposer, par les juridictions
françaises, la loi du 18 juin 1966 «portant amnistie de tous les
crimes commis en liaison avec les événements consécutifs à l'insurrection
vietnamienne ». Une loi d'amnistie permettait de laisser des crimes
contre l'Humanité impunis !... Au nom du droit, il ne pouvait être rendu justice
..... Aujourd'hui Boudarel est mort et il ne saurait être question de
remettre en cause des lois d'amnistie antérieures. Toutefois, la tragédie vécue par les rescapés du Camp 113 et d'autres victimes
de l'Histoire impose de lutter par le droit pour protéger les générations futures
contre l'amnistie de l'horreur. C'est le sens du combat que poursuit inlassablement Wladislaw Sobanski en
appelant de ses vœux un ajout à notre Code Pénal. L'article 213-5 du
code pénal, qui dispose d'ores et déjà que les crimes contre l'Humanité sont imprescriptibles,
pourrait être complété par la simple formule : « ils sont aussi in
amnistiables ». Ce ne serait qu'une ligne de plus dans un texte conforme à l'effectivité
de la Convention européenne des droits de l'Homme. Notre combat est dans l'hémicycle. C'est précisément parce que nous avons été victimes de ces crimes, soldats
français de la Métropole et d'Outre-Mer, alors que nous combattions pour la fierté
de notre pays et pour notre avenir, que nous avons le droit d'espérer aujourd'hui
que le législateur osera déclarer que les crimes contre l'humanité sont, seulement
Imprescriptibles mais sont aussi In amnistiables. C'est là le but de l'action que nous conduisons à travers la proposition
de loi que nous soumettons à l'Assemblée Nationale par la voix du Député
Monsieur Lionel LUCA. Car la France repentante, la France qui baisse la tête, doit retrouver à
travers ce vote la mission d'une nation qui porte le flambeau de la
liberté et des Droits de l'Homme comme elle a su le porter à travers la
Convention Européenne des Droits de l'Homme. L'instant est venu pour nous de montrer que notre combat contre les crimes
de Boudarel n'était ni un combat passéiste, ni un combat colonialiste mais était
un combat pour montrer que ce qui était horrible était horrible pour tous. Vous donnez aujourd'hui, au législateur qui a une tendance aggravée à
la repentance permanente, l'occasion de se conduire en homme libre, responsable
et conscient, qui peut œuvrer non seulement pour la France, mais aussi pour l'ensemble
des démocraties occidentales en montrant que l'on ne saurait admettre qu'un
Etat puisse amnistier ses propres crimes contre l'Humanité. Alors, qu'en sera t-il de notre proposition de loi lorsqu'elle sera
débattue à l'Assemblée Nationale ? J'ose croire que même les plus « frileux » de nos élus n'oseront pas s'opposer
à un texte qui précise « que les crimes contre l'Humanité sont in
amnistiables ». Nous saurons ensuite faire état dans les médias des motivations qui
nous ont conduites à intervenir auprès du législateur, elles s'inscrivent dans
le droit fil de l'action que nous menons depuis quinze ans contre Boudarel.
Mais, nous aurons aussi par notre intervention, protégé les générations futures
contre le même type de crime contre l'Humanité. Dans la patrie des Droits de l'Homme, ce serait une ligne pour la
mémoire des torturés, ce serait une ligne pour l'honneur de la France !... Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée. Signé W. SOBANSKI, Président National des Rescapés du Camp 113 - Indochine ![]() Tous droits réservés au site de www.veterans.fr © |
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